Une exposition de 100 pièces uniques, exceptionnelles ou inédites sélectionnées et rassemblées par Moustache et couronnée par une Auction party

Catalogue de l'exposition et de la vente aux enchères ici

Favoris ce sont ceux qui par leur mérite ou leur beauté font l’objet d’une faveur particulière, ceux qui détiennent la meilleure place dans la faveur du puissant. 

«Favoris» c’est aussi, et on le sait moins, le nom Français communément utilisé pour décrire le prolongement de la chevelure de chaque côté du visage et son passage à l’état de barbe. 

Parent proche de Moustache, Favoris est à observer comme un pas de côté pour l’éditeur que nous sommes, l’ouverture temporaire d’un territoire d’exploration sans contrainte, un lieu d’expérimentations habituellement interdites.

Les temps changent ! 

La pratique du design et la production des objets dont nous nous entourons aussi.

Les héritages idéologiques issus des révolutions industrielles et de l’ère du tout plastique restent pregnants encore aujourd’hui mais on est bien obligés, si l’on œuvre comme nous en tant que producteurs d’objets destinés à l’univers domestique de constater qu’après l’ère du standard pour tous est en train d’apparaître et de s’installer l’ère de l’unique pour tous.

Le monde entier s’acharne à parfaire le commerce et l’économie globalisés quitte à mettre au monde un monstre polycéphale indomptable. 

Sa survie, ne tient plus qu’à la volonté de ses créateurs de faire persister à tout prix un modèle culturel et économique obsolète reposant sur le concept de la reproductibilité infinie de nos objets de consommation.

Bien sûr le consommateur se prête encore au jeu du « standard pour tous » mais nombre de ses pratiques, de produits qu’il consomme expriment dans un grand paradoxe son besoin d’y échapper. 

Le jeune designer contemporain quant à lui, conscient que le modèle économique dans lequel il est né est à bout de souffle s’est mis à des pratiques plus exploratoires, n’engageant que lui dans cette pratique,  échafaudant des stratégies échappatoires à l’industrie.

On ne peut plus également déconsidérer que l’être humain envisage désormais son intérieur comme une extension de lui même et comme un moyen de peindre, de communiquer son portrait aux autres.

Comment donc pourrait-on continuer de vouer notre foi et de renouveler indéfiniment notre confiance à un modèle dont la pratique qui, portée à son apothéose, consiste à faire converger les foules dans des temples jaunes et bleus habilement répartis aux quatre coins du monde pour arpenter le sentier balisé et piégé à la recherche du produit « inédit » vendu plusieurs centaines de fois à la minute à des clients aux profils les plus variés ?

Comment donc pourrait-on plus longtemps, pour établir ce portrait, marquer sa singularité, n’avoir à sa disposition que les mêmes outils que celui auquel on ne desire surtout pas ressembler ?

Comment faire persister nos individualités, nos caractères, nos singularités dans une consommation collective massive d’objets identiques en tous points.

Ce paradoxe nous le vivons dans notre pratique même d’éditeur. 

Pour progresser il faut produire des objets sériels au meilleur prix afin de les vendre le mieux possible. En ne renonçant jamais à insuffler une part culturelle la plus forte possible, en essayant d’ancrer nos productions dans le contemporain et en tentant d’impliquer leurs utilisateurs, nos clients, dans leur propre contemporanéité. 

C’est notre rôle d’éditeur de mobilier et d’objets, ce rôle qui donne un sens à notre métier nous le prenons comme un défi voire comme une mission.

Il y a cependant un certain nombre de nouvelles pratiques, prospectives, innovantes, intelligentes que le système de l’édition tel qu’il a été édifié ne permet pas de considérer dans le cadre de nos productions.

C’est une grande frustration !

Ils sont nombreux les projets auxquels on renonce faute de pouvoir les produire ou parce qu’impossibles à reformater pour les faire passer dans le tube serré de l’édition.

Avec l’apparition de ces nouvelles pratiques du design sont apparues simultanément de nombreuses galeries pour présenter et vendre le fruit de ces réflexions. 

Sans elles ce travail développé hors des circuits de l’édition, de l’industrie n’aurait nul endroit où exister. 

Il faut donc se réjouir de leur existence bien sûr mais dans le même temps regretter qu’avec elles le nombre de consommateurs concernés par ces objets a aussi été drastiquement appauvri. 

Il est loin le temps où en France, pour citer le pays que nous connaissons le mieux, on pouvait acquérir des pièces signées en édition limitée dans des galeries érudites et passionnées. 

Certaines d’entre elles existent toujours mais le marché a changé et ces productions ne concernent plus qu’une minuscule part d’amateurs de design très argentés et assez peu souvent très concernés.

Difficile alors de devoir constater que ni le métier d’éditeur que nous pratiquons avec passion, ni les désirs de collectionneurs que nous sommes ne peuvent plus être contentés !

A l’occasion du dernier salon SFF de Stockholm en février dernier nous avons assisté à l’invitation de notre amie Connie Husser à une vente aux enchères organisée et emmenée par Kristoffer Sundin, Frederik Paulsen et Simon Klenell d’Ornsbergauktionen.

La qualité des pièces qui y étaient présentées, les prix auxquels elles se sont vendues mais aussi le public présent dans la salle étaient étonnants et réjouissants.

Une sorte de vente aux enchères alternative, festive, organisée dans l’atelier d’un verrier enthousiaste où il était possible d’acquérir pour quelques centaines d’euros des pièces extraordinaires. 

Une vente aux enchères débarrassée de ses oripeaux, promouvant une création contemporaine engagée destinée à un public concerné, ouvert, aux portefeuilles mal, moyennement ou bien garnis. 

Le plus réjouissant fut d’avoir à observer, là où il est habituellement convenu de voir les salles de vente se peupler de collectionneurs et de marchands, que le public, très jeune allait accéder pendant toute la séance à ces objets qui lui sont habituellement interdits.

Réjouis et un peu médusés par ce spectacle, l’idée d’organiser une exposition couronnée par une vente comme celle-ci à Paris nous vint instantanément pour promouvoir des projets qu’avec Moustache nous ne pouvons pas toujours accompagner et produire mais que nous admirons.

Emancipés de nos habituelles contraintes il ne nous restait plus qu’à faire la liste des designers avec lesquels nous rêvons de travailler mais avec lesquels il nous est compliqué d’aboutir tant leurs productions sont techniquement prospectives ou tant elles sont magistralement artisanales…

Cette exposition nous la construisons en toute subjectivité, comme un cahier exploratoire rempli d’impossibilités qui méritent d’être montrées, comme le cabinet de curiosités idéal de Moustache.