Conversation #1 : Inga Sempé répond à Stéphane Arriubergé

Aucun autre des designers avec lesquels Moustache développe aujourd’hui des objets, des meubles, des luminaires ne fut davantage partie prenante dans l’aventure éditoriale naissante de Moustache qu’Inga Sempé!  

Depuis toujours parmi nous, c’est avec elle que nous commençons cette série de conversations.

Il y a 6 ans, entre l’origine et le commencement, au moment où les volontés s’affirment, où les empêchements disparaissent et les convictions naissent, à ce moment où les idées finissent par être claires et les partis pris plus fins, plus précis, où les innombrables besoins recensés finissent par être nourris, il restait encore à trouver un nom suffisamment prometteur, enjôleur, mémorable, qui de surcroit serait naturellement chargé d’autant de sens et d’intelligence qu’il était nécessaire pour subir le jugement du magma idéologique qui remplissait alors nos têtes et qui nous poussait à trouver le nom juste pour Moustache.

Par centaines, des hypothèses aux durées de vie souvent courtes furent portées au pinacle, jouissant un temps de notre total assentiment, satisfaisant momentanément tous nos desseins pour être finalement violemment évincées pour toutes sortes d’insuffisances.

la tâche, laborieuse, paraissait insoluble.

De guerre lasse nous en étions venus à racler avec application dans nos têtes des idées écartées avant même tout effort de considération, jugées à priori et sottement indignes et impropres jusqu’à ce que Moustache, dans un élan enthousiaste qui remplit les têtes de fourmillements jubilatoires apparaisse comme la seule évidence. Il était là ce nom que nous avions mis si longtemps à faire surgir, gonflé de toutes les promesses et de tous les espoirs que nous attendions de lui, fort beau aussi dans l’habit de poils subtilement agencés que nous réussissions instantanément à visualiser.

Nul doute que l’Arbre à moustaches dessiné par Inga Sempé pour Domestic quelques années plus tôt avait œuvré à rendre possible ce surgissement.

Inga Sempé serait chargée de dessiner une moustache à l’allure contemporaine que nous pourrions dresser haut en étendard de nos intentions.

En cinq ans le logo fut dans l’ordre suivi par le projet de lampes Vapeur, plus tard par l’horloge Guichet et les étagères murales Balcon, Belvédère et Bénitier.

Arbre à moustaches dessiné pour Domestic / Premiers croquis pour le logo Moustache / Logo Moustache

Moustache :
Tes lampes Vapeur, dessinées en 2OO9 pour la collection inaugurale de Moustache apparaissent souvent aux yeux des gens comme une forme contemporaine des Andon japonais, ces lampes en papier washi devenues populaires en Europe avec la diffusion des sculptures lumineuses de l’artiste japonais Isamu Noguchi. Cette série qui porte le nom AKARI a été dessinée dans les années 1950.

Peux tu nous expliquer comment tes lampes Vapeur s’inscrivent dans cette tradition des luminaires en papier mais surtout de quelle manière, si on s’en tient aux services qu’elles rendent à leur usager,  tes lampes réussissent à dépasser les Andon Japonais pour les ancrer dans nos usages contemporains, dans une plus grande pérennité et une plus grande praticité ? Parle nous également de la qualité de la lumière qu’elles diffusent ?

Inga sempé :
Jamais je ne dirai qu’elles dépassent les Andon, car je les préférerai toujours à mes lampes : la lumière est belle, leur construction épatante et j’admire plus que tout l’ingéniosité quand elle disparait. La fragilité de leur papier peut être vue comme un défaut par certains. Les Vapeurs correspondent au naturel inquiet de l’acheteur actuel car elles sont en Tyvek, un ersatz de papier, totalement indéchirable qui ne jaunit pas.

L’Europe nous contraignant à utiliser les ampoules à économie d’énergie qui bleuissent tout un chacun, je me suis attachée à ce que ces housses plissées, en enveloppant à distance la source, réchauffent et diffusent la lumière sans qu’une tache lumineuse intense n’apparaisse à la surface.

Placée à distance du diffuseur la source diffuse une lumière intense et douce et révèle la composition fibreuse du Tyvek

Moustache :
Souvent tes lampes Vapeur renvoient aussi à une pratique sans âge, invariablement perpétuée de générations en générations, qui consiste, enfant ou adolescent, à plisser enfermé dans une suspecte et coupable application des feuilles grand format/grands carreaux sur lesquelles collégiens ou lycéens en mal d’inspiration ou d’énergie sont censés accoucher d’une dissertation philosophique ou d’une démonstration scientifique.

Inga Sempé :
L’ennui en classe ne m’a jamais fait plisser quoi que ce soit, car le pli n’est pas une manie chez moi, mais un sujet d’ étude.

premiers croquis pour les lampes Vapeurs

Moustache :
Ces plissages qui sont parfois remplacés par les adeptes du stylo à plume par des remplissages frénétiques, automatiques et hypnotiques de carreaux organisés en damiers révèlent un ennui sévère ou une profonde aversion pour la littérature épique médiévale.

Penses tu que l’ennui puisse être parfois à l’origine de découvertes ? Le vagabondage  des esprits à l’origine de grandes idées ?

Inga Sempé :
je distingue deux types de créateurs, les passionnés, enthousiastes qui se donnent à fond, et les ennuyés, qui cherchent un moyen ou plusieurs pour échapper au vide. Moi, je ne suis pas une enthousiaste, j’appartiens plutôt au second type mais c’est pas du tout par désœuvrement, mais vraiment par intérêt structurel et mécanique que je me suis tant intéressée aux plis. Ils transforment un matériau mou, en rigide, ils permettent des articulations efficaces et des changements de volume stupéfiants.  C’est une technique complexe, de plus en plus difficile à mettre en œuvre en Europe, car les plieurs et les plisseurs ont presque tous disparus. Heureusement, c’est une technique qu’il est facile à mettre en œuvre chez soi,  sans matériel particulier. Juste de la patience et un peu de précision quant au parallélisme des lignes entre elles, pour des plis bien réguliers. Quand j’étais pensionnaire à la Villa Médicis, j’ai découvert dans les papèteries romaines de grandes feuilles quadrillées format raisin qui m’ont évité d’avoir à tracer des lignes parallèles (par distraction, elles finissaient toujours par se décaler). Puis,  j’avais la chance d’avoir un énorme atelier – celui d’Ingres – où je plissais des jours entiers ces feuilles pré-tracées et les assemblais entre elles pour créer de grands volumes plissés qui sont à l’origine de ma première lampe éditée chez Cappellini. Auparavant, pour le dossier d’entrée à l’Ensci, où j’ai fait mes études, j’avais présenté de petits objets avec un système de plis. J’aime ce qui est mécanique depuis longtemps, une mécanique visible et accessible et pour cela le pli me comble.

premiers essais montrant les potentiels structurel et autoportant du plissage. 

Moustache :
L’intelligence de tes lampes Vapeur repose sur une observation et une utilisation précises des qualités mécaniques inhérentes au pli.

Les techniques de plissage et plus généralement le pli sont au cœur de tes recherches depuis que tu travailles.  Je me souviens avoir été saisi lors de ta première exposition personnelle au Musée des Arts Décoratifs de Paris il y a plus de 10 ans dans laquelle tu présentais déjà de très grandes lampes plissées.   

Inga Sempé :
Je ne dirai pas que les plis sont au cœur de ma recherche car j’ai fait pleins d’autres objets dépourvus de plis ; j’adore aussi les antennes télescopiques, les étaux, les pinces, les rotules,  des éléments mécaniques basiques, que j’ai placés dans certains objets, tout comme le pli. Mais si je me suis plus particulièrement intéressée à ceux-ci, c’est qu’ils étaient à ma portée : ayant beaucoup cousu adolescente et née au sein d’une famille à la culture technique nulle, (à part pour le dessin et l’impression),  j’étais absolument ignorante des moyens de fabrications industriels, mais je maitrisais le tissu. Donc, les objets en tissu, pour les rigidifier, il fallait les plisser. Et ca, je pouvais. Donc ca a été ma base constructive pour créer des parois, des articulations, des volumes, autres que des manches ou des jupes.

Moustache :
Ces plis, ils te servent successivement à articuler tes objets, à faire varier leur dimension, leur contenance mais aussi à créer des volumes complexes, multidirectionnels sans ne faire plus usage ou presque d’aucune structure.

croquis montrant un des principe de la lampe Vapeur : une partie plissée en partie basse structure le diffuseur, la partie déplissée en partie haute développe un volume important.

Inga Sempé :
Ces multiples possibilités m’ont permis de résoudre des problèmes à une époque où un assemblage par vis me semblait être du ressort d’ingénieurs. Je suis l’exemple qu’on peut vraiment s’en sortir en débutant ses études avec des lacunes techniques ridicules, progresser et  réussir ensuite à s’opposer à des directives d’ingénieurs.

Moustache :
Avec la lampe Vapeur tu avances, me semble t’il, d’un pas supplémentaire dans cette recherche réussissant à faire l’économie complète de toute structure.  C’est l’enveloppe du diffuseur qui devient structurelle et qui grâce à un réseau relativement simple de plis et de coutures forme un exosquelette.

De grands volumes autoportants. Ce sont les plis du diffuseur qui rigidifient le matériau et forment un exosquelette.

Inga Sempé :
C’est cela qui semble magique avec le plissage, d’un matériau mollasson, on peut sans autre ajout que des plis créer un volume autoportant.

Moustache :
En grande majorité les gens qui découvrent tes lampes Vapeur et qui décident de verbaliser leurs impressions semblent s’être entendus pour acclamer d’une seule voix leur dimension poétique.  Et poétiques, elles le sont, mais à leur manière.

C’est d’une poésie franche qu’il faut parler, qui méprise le superflu, une poésie qui puise sa force, par exemple, dans la seule mise au jour de la dimension mécanique d’un pli survenue à l’occasion de sa production. Une poésie qui révèle dans un geste banal, un pli, la force qu’il contient au delà de la production d’un signe formel ou esthétique. Un geste qui fait passer de souple à rigide, de plan à tridimensionnel le matériau qu’on lui a soumis. Une poésie qui opère en imposant avec fulgurance la dimension structurelle d’un pli, restée jusqu’à là potentielle, inexplorée.

Inga Sempé :
Si il y a un truc qui est sûr c’est que je ne me suis jamais dit ‘’faisons une lampe poétique » mais un objet reconnaissable et fonctionnel pour une petite société qui débute.

Moustache :
A une époque qui pose l’économie de moyens en principe de perpétuation de nos modes de consommation des objets, qui s’interroge sur la raréfaction des ressources et qui tente de remettre en cause les hiérarchies de valeurs et d’appréciations rassurantes héritées des arts décoratifs (le travail bien fait, la préciosité ou la rareté des matériaux…) il me semble que ta pratique, celle qui consiste à  détourner notre attention des matériaux et des techniques pour ce qu’ils représentent et à la focaliser davantage sur ce qu’ils recèlent en évidences impatientes d’être exhumées, est peut-être pour toi un moyen d’échapper ou plutôt de compenser un inexorable appauvrissement des productions d’objets contemporaines.

Inga Sempé :
On est forcément dans une économie de moyen quand on dessine un objet de série, donc concurrencé par des objets de la même typologie ; Il y a, certes, les rares objets que les gens vont vouloir à tout prix mais pour ceux, majoritaires, entre lesquels, les acheteurs vont hésiter, le prix va être décisif.  La difficulté consiste à ne pas tomber dans la banalité ou l’à-peu-près,  pour rester au minimum du prix, mais au contraire à faire plus ou juste très bien, pour qu’un prix un peu supérieur soit acceptable.

Moustache :
Y a t’il encore selon toi des pistes à explorer aujourd’hui pour un designer qui cherche à inscrire son travail dans l’histoire récente des objets manufacturés et désireux de lui assurer une qualité culturelle et une intelligence perceptible alors que l’éventail de moyens de production à ta disposition pour concevoir un produit est de moins en moins ouvert?

Inga Sempé :
Je crois au contraire qu’on a accès à une grande diversité de techniques, mais peut être souvent utilisées d’une manière identique par paresse ou effet de mode. C’est Comme tous les outils, il y différentes niveaux d’utilisation. On le voit bien en informatique, un dessin basique, et on saura tout de suite avec quels outils d’Illustrator il a été crée. Si c’est moins basique, on se demandera sur quel logiciel ça a été conçu ou si ça a été fait à la main.

Moustache :
Systématiquement tes objets satisfont mon intelligence en rendant visibles et intelligibles les évidences que je décrivais plus haut et qui ne demandaient qu’à être montrées. C’est dans cette lecture de tes intentions que l’appropriation de tes objets est rendue possible. Comment les contextes culturel et économique des entreprises avec lesquelles tu travailles influent sur le design de tes objets ?

Inga Sempé :
Je ne suis pas du tout capable d’analyser mon travail de cette manière précise.  Ce que je crois c’est que je cherche à faire systématiquement des objets qualitatifs adaptés à l’entreprise qui me les demande. C’est pourquoi pour le lancement de Moustache, je me suis attelée à dessiner une lampe, avec des techniques basiques, sans outillage couteux, mais travaillées d’une manière particulière pour qu’elle soit très reconnaissable, et agréable à utiliser et évidemment économiquement juste.  J’adore comprendre les étendues et les impossibilités d’une technique, mais je n’aime pas tellement les objets techniques qui ne mettent en valeur que celles-ci. J’adore ce qui est malin et ingénieux mais pas ce qui en a l’air.

Seule une vis sur la tranche d’1 cm des étagères Balcon suffit à assurer sa pose au mur

Moustache :
C’est assez intéressant parce qu’on pourrait à peu près dire la même chose de tes étagères murales Balcon, Bénitier et Belvédère en remarquant que leur poésie s’appuie presque exclusivement sur un principe physique de résistance qu’elles mettent en évidence et que tu t’emploies à réduire à sa plus simple expression.  Cette réduction est d’autant plus perceptible qu’elle passe par une suppression pure et simple de tout élément d’équerrage qui est traditionnellement constitutif de l’étagère murale. Circulaires, en appui sur leur seule tranche ces étagères d’1 seul centimètre d’épaisseur sont solidement ancrées au mur sur lequel elles sont installées.

Cette fois encore l’épure est non seulement formelle mais  aussi technique. Ton dessin se concentre à faire émerger une poésie enracinée dans le seul point technique utile à son efficacité, à faire émerger l’évidence.

On pourrait s’amuser à chercher cette évidence dans nombreux de tes projets et on y parviendrait assez facilement.

Du coup il devient intéressant de comprendre comment tu procèdes. On se demande si la recherche de cette évidence est à l’origine de chacun de tes projets ou si elle est plutôt le fruit d’une recherche plus empirique, le résultat d’un travail qui passe par de nombreux dessins, maquettes et prototypes ? 

Un socle pour assurer la position du diffuseur, donner un poids suffisant à la lampe et pour porter la source

Premiers essais de socle

Inga Sempé :
les objets que je dessine sont pour la plupart basés sur une recherche mécanique ou d’usage, mais qui doit disparaitre derrière la forme. Je suis laborieuse et sceptique : les maquettes sont indispensables à tous mes projets, pour vérifier les volumes et les systèmes. On en fait plein à mon bureau, basés sur mes croquis, qui ne sont pas souvent  précis. Mon temps de réaction peut être long : je peux rester inerte face à une nouvelle maquette pendant des jours. Car je ne sais pas tout simplement quoi en penser ou en tirer. Puis un mois après, j’aurais peut être une modification à y apporter.  Ma manière de travailler n’a pas l’air efficace car elle n’est ni régulière ni structurée et peut être que dans une autre agence que la mienne, on me virerait.

Quant aux solutions techniques que je trouve, elles sont basées sur les connaissances mécaniques primaires que j’ai tirées de l’observation des objets quotidiens. Ca reste très naïf, mais facile à comprendre. 

Moustache :
Parlons un peu de ton horloge Guichet.

Au premier abord cette horloge Guichet en céramique paraît simple. Elle présente un dessin plutôt classique et la qualité de sa fabrication renforce cette perception simple et précise.

C’est l’ouverture inhabituelle d’un guichet dans le corps de l’horloge, cette petite fenêtre souvent percée dans le cadran des montres et qui renseigne le mois ou le jour qui la rend intéressante en la rendant vivante. Derrière ce guichet ouvert à la place du 6 un balancier jaune marque le passage du temps. Hésitant entre le trop bavard coucou et la trop austère comtoise elle semble faire une synthèse épurée et ramassée d’un ensemble d’éléments animés repérés chez ses congénères pour surligner le temps qui passe.

Connaissant un autre de tes projets d’horloge sur lequel tu travailles actuellement pour une autre maison et qui met aussi en scène un élément cinématique pour marquer le passage des secondes je me demande si ton besoin de rendre visible le passage du temps grâce à des éléments animés n’est pas une façon de lutter contre l’ennui que procure généralement l’horloge? En dessinant l’horloge Guichet as tu tenté de lutter consciemment contre l’ennui qu’aurait pu provoquer ton horloge dessinée sans cet élément animé ?

croquis montrant le principe d’un guichet et de son balancier

Inga Sempé :
Ah non,  car j’adore même les horloges qui ne fonctionnent pas. Elles ne différent que très peu de celles qui marchent, surtout quand elles sont dépourvues d’aiguilles des secondes. Je m’intéresse à ces objets appartenant à la fois aux univers domestique et collectif et comme j’adore concevoir des objets articulés quels qu’ils soient, et ainsi animés, les horloges analogiques présentent un gros potentiel pour moi : elles bougent. Pour Guichet, l’aiguille des secondes est absente, car sa praticité me semble maintenant dépassée par les minuteurs précis de nos téléphones pour la cuisson des œufs, mais j’ai voulu un marquage visuel du temps qui bat dans une fenêtre mais sans la mesure des secondes écoulées.. Ca sera également le cas dans ma prochaine horloge, avec un autre type de battement. 

Moustache :
Pour finir j’aimerais que tu m’expliques pourquoi il est impossible d’identifier le genre du designer caché derrière tel ou tel objet ? Je me rappelle d’une de tes réponses à un journaliste qui m’avait semblée particulièrement efficace pour faire cette démonstration et dans laquelle tu montrais un buffet ou un secrétaire dessiné par Eileen Gray.

Inga Sempé :
Je suis tellement lassée de la soi-disant universalité du design fait par les hommes et de la délicatesse et de la sensualité avec lesquelles on voudrait  caractériser un design féminin -  qui permet de bien nous cantonner à des typologies précises -  que j’ai toujours pleins de réponses à opposer aux journalistes.  Donc je ne me souviens pas de ma réponse faite au sujet d’Eileen Gray.

aujourd’hui les lampes Vapeur sont déclinées dans une version colorée

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Merci Inga Sempé !